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03/07/2009

Détails au bac d'histoire.

Je viens de finir les corrections des copies du bac, et je confirme mes propos sur la « mascarade du bac 2009 », ne serait-ce que parce que, cette année, au-delà des consignes malvenues de l’Education nationale déjà évoquées ici, les sujets de composition de géographie n’en étaient pas vraiment mais bien plutôt des thèmes, ce qui n’a évidemment ni le même sens ni la même portée… En somme, quelques connaissances suffisaient pour obtenir une note « satisfaisante », et aucun effort de réflexion n’était vraiment exigé, il suffisait juste de ressortir un cours appris dans l’année : bien sûr, ce n’est pas forcément négligeable mais cela dévalorise notablement l’exercice et le diplôme afférent.

 

Néanmoins, les copies du bac sont fort instructives pour saisir l’état d’esprit et, plus exactement, « l’idéologie dominante » qui est transmise dans le cadre de l’enseignement (public ou privé, il n’y a, en définitive, guère de différences) et retranscrite par les écrits des élèves : lire les copies des candidats est sans doute plus révélateur que bien des enquêtes sociologiques officielles !

 

Juste un petit exemple : le texte de la « mineure » de l’épreuve d’histoire-géographie était, cette année, un extrait des mémoires de l’ancien conseiller puis secrétaire d’Etat du président des Etats-Unis Richard Nixon, Henry Kissinger, extrait qui évoquait la présidence du général de Gaulle. L’une des questions posées portait sur « les principaux axes de la politique extérieure du général de Gaulle » et l’on pouvait logiquement attendre des candidats qu’ils évoquent « l’indépendance nationale » ou « l’indépendance française », ne serait-ce qu’à la lecture et l’explication du texte même de Kissinger.

 

Or, sur une quarantaine de copies ayant choisi cette explication de documents d’histoire, un seul (je dis bien : un seul !) a écrit le mot « indépendance », sans y rajouter, d’ailleurs, ni le qualificatif de « nationale » ou de « française »… Un détail ? Peut-être, mais évidemment révélateur ! Si le mot « indépendance » n’apparaît pas, même quand il nous paraît « évident », sous la plume des élèves, c’est sans doute parce qu’il ne leur parle pas directement et qu’il est absent de leur vocabulaire habituel, tout simplement ! Il y a là une nouvelle réalité qu’il serait bon que ceux qui s’acharnent à défendre la souveraineté française (et c’est un combat louable) saisissent pour pouvoir réagir : la langue, le vocabulaire, le sens des mots,… sont des éléments qu’il importe de ne pas négliger, et c’est par là que l’on gagne les batailles, ou qu’on les perd… Là encore, sans doute faut-il relire le maître-livre de George Orwell, « 1984 », et les pages qu’il consacre au « novlangue », pages absolument fondamentales pour comprendre la nature de ce qui constitue une « idéologie dominante » et pas seulement un totalitarisme…

 

Autre petit exemple, tiré des mêmes copies et du même sujet : à l’une des questions portant sur l’image donnée par Kissinger du général de Gaulle, une trentaine d’élève ont répondu que le conseiller de Nixon considérait le président français des années 60 comme un « héros », sans que la plupart des élèves ne sachent exactement expliquer pourquoi, sans doute du fait de l’actuelle disparition de « l’héroïsme » historique (j’insiste sur ce dernier terme, car il est d’autres formes d’héroïsme qui occupent le champ social, voire sociétal) du champ de l’enseignement même de l’Histoire (j’y reviendrai dans une note prochaine). Mais, tous ces élèves, sans exception, ont écrit « héro », en oubliant le « s » qui est la marque de ce mot en français. Pourquoi cette erreur commune à tous les candidats, pourtant issus de différents lycées, de classes elles aussi différentes ? Pourquoi ce mot a-t-il été écrit à l’anglo-saxonne ? Si cela avait été le fait de quelques uns, on aurait pu en sourire : mais c’était le fait de tous ! Détail ?

 

En tout cas, comme pour me remettre de ces petits détails (parfois déprimants, il faut bien le reconnaître) qui cachent tant de choses, je reprends, ce midi, le livre d’Etienne de Montety : « Honoré d’Estienne d’Orves, un héros français »…

 

 

 

 

 

 

(à suivre : l’idéologie dominante à travers les devoirs de géographie…)

10/02/2009

Soldats allemands en Alsace.

L’installation de soldats allemands en Alsace annoncée dans la même semaine où la république française annonce aussi sa réintégration totale dans l'OTAN n'est pas la chose la plus judicieuse ni la plus heureuse qui soit...
Doit-on y voir la fin de toute indépendance nationale, au nom d'une Union européenne qui a elle-même renoncé à toute puissance politique et risque de n'être qu'un vaste supermarché protégé par des troupes commandées de Washington ?
Cette double décision est maladroite mais les réactions à ces annonces présidentielles semblent prouver une sorte de "lâche soulagement" de la part de nombre de nos compatriotes et d’Européens : en somme, l'Europe des 27 veut simplement qu'on lui fiche la paix à défaut d'être capable de la défendre...
Or, la paix est un bien fragile qui ne vit que si on l'aime passionnément et qu'on est prêt à la défendre, y compris... les armes à la main ! N'oublions pas les (tristes) leçons de mai 1940 pour ne pas avoir à en revivre les conséquences...
D'autre part, l'histoire nous enseigne que la plus précieuse des libertés, celle qui garantit les autres, c'est la liberté du pays, l'indépendance nationale : ne pas dépendre des autres pour nous défendre et pour librement agir et penser.
"Mon verre est petit mais je bois dans MON verre", disait le général de Gaulle. Il ajoutait, conscient des retournements de l'histoire, que "les alliances sont saisonnières"...

L'Union européenne ne se fera pas sur des malentendus ou des compromissions mais sur des réalités et des nations, particulières sans forcément être "particularistes", égoïstes ou antagonistes, bien au contraire.
L'Europe, de toute façon, n'existera que le jour où elle aura envie de vivre libre, y compris du "grand frère états-unien" : pas de puissance sans indépendance, remarquait encore de Gaulle, à la suite des Capétiens.
Avant d'inviter les Allemands sur notre sol, il aurait été utile de savoir s'ils étaient disposés à défendre l'idée d'une Europe libre, forte et respectueuse de ses particularités et de ses nations : si ce n'est pas le cas, cette décision d'installation en France aura plutôt fait régresser la construction européenne et attisé quelques rancoeurs supplémentaires...
Dernière chose : espérons que les soldats allemands présents en France feront l'effort de parler français, et non l'anglais, et que les Français qui les accueilleront feront aussi quelques efforts en allemand, et non en anglais, car,
si l'anglais devait être la seule langue "commune" aux militaires des deux pays, cela serait la preuve que l'Europe a renoncé, en fait, à la pluralité linguistique pour ne plus être qu'une zone de l'américanosphère, sans culture ni histoire : ce serait dommage !

28/01/2009

Révolution ?

La colère monte, dit-on et constate-t-on un peu partout en France, et l’arrogance des puissants, de la finance comme de la République sarkozienne, exacerbe cette montée de la fièvre contestatrice. Le succès annoncé de la manifestation du jeudi 29 janvier tient beaucoup à ce sentiment diffus et confus, et c’est sans doute ce qui est le plus dangereux, car les syndicats eux-mêmes ne savent pas comment gérer la colère des masses, parfois versatiles et violentes lorsque les cadres sociaux sont fragilisés ou brisés et que l’énergie de la fureur se libère brutalement, en explosion dévastatrice, que cela soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons d’ailleurs.

Peut-on, aujourd’hui, passer de la révolte à la révolution, comme le titrait jadis le quotidien « Combat », imité en cela par toutes les feuilles contestatrices, maoïstes, anarchistes ou, même, monarchistes à la suite du philosophe Maurice Clavel, « révolutionnaire chrétien » qui, à la veille de sa mort, avait reconnu dans les royalistes post-maurrassiens de la Nouvelle Action Française ses « héritiers » ? Si l’on voit bien ce que peut recouvrir le terme de révolte, que peut vouloir signifier celui de révolution à l’heure où l’histoire nous rappelle que celle-ci fut souvent sanglante et cruelle dans ses diverses déclinaisons et qu’elle devient tout aussi terrifiante, dans l’imaginaire des populations occidentales, que les guerres et les totalitarismes ?

Maurras, qui ne passait pas particulièrement pour un gauchiste, affirmait qu’était nécessaire une « révolution rédemptrice » qu’il qualifiait, plus loin, de « conservatrice » (sans, évidemment, les connotations actuelles que lui donnent les libéraux et leurs contempteurs), et se proclamait « traditionaliste révolutionnaire ». Le plus intéressant était son idée qu’il est de bonnes révolutions et qu’elles se font principalement « par le haut », par l’action même de l’Etat et, particulièrement, de sa magistrature suprême.

Les exemples contemporains les plus fameux sont, entre autres, celle accomplie par le général de Gaulle par son action réformatrice à la tête de l’Etat et qui a donné naissance à cette « monarchie inachevée » qu’est la Cinquième République, et celle menée, du haut de sa position « d’héritier libre du franquisme » (et libéré par son essence même de cet héritage encombrant), par le roi Juan Carlos d’Espagne entre 1975 et 1981 et qui a permis une transition en douceur de la dictature à la démocratie, souvent qualifiée de « révolution tranquille », formule d’ailleurs reprise par les partisans de François Mitterrand en 1981-1983…

C’est bien « par le haut » que peut, en France, se faire la véritable révolution politique, condition nécessaire d’une justice sociale retrouvée : il est possible que, comme en 1958, les événements de la rue servent de détonateur à cette révolution souhaitable. Mais c’est bien la magistrature suprême ainsi instaurée qui peut agir et remettre les puissants à leur place qui ne doit pas être la première, comme le soulignaient tout autant Louis XI que Louis XIV ou de Gaulle… « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille » (à la Bourse, dirait-on aujourd’hui), formule gaullienne qui fait écho à la mise au pas d’un Fouquet (l’homme le plus riche du royaume, véritable oligarque de son temps !) par le roi-soleil, résume bien la nécessaire révolution qu’il s’agit de mener, à la fois éminemment politique à la tête de l’Etat et, en même temps, dans les esprits et les mœurs des pouvoirs publics.

M. Sarkozy n’est pas l’homme de cette révolution car il incarne le Pouvoir du Seigneur Argent, celui qui tient la République quand elle-même tient sa légalité du jeu des influences et des clientèles, des partis et des factions : la véritable révolution, qui n’est pas non plus celle d’un Besancenot ou des nihilistes, est bien celle de l’Etat et de sa magistrature suprême. Reste, pour les monarchistes qui attendent et espèrent cette révolution, à trouver les moyens de la faire advenir…

Recherche Talleyrand, pour instauration royale, nécessaire et urgente